Je m’appelle Loan Bodin Bürger, je suis né et j’ai grandi dans le 11ᵉ arrondissement de Paris. J’ai passé mon enfance à découvrir mon quartier, entre les squares de la Roquette et Gardette, ou à dessiner dans mon appartement en rez-de-chaussée.
Quand j’étais petit, je vendais mes dessins à la fenêtre, et mes voisins sont vite devenus une sorte de petite communauté. C’est ce cadre qui a éveillé mon envie de créer et de tisser des liens avec les autres.
Après mes années de scolarité dans les écoles et collèges du 11ᵉ, j’ai intégré le lycée Maximilien Vox en filière STD2A. Même si j’ai arrêté en première, ces expériences m’ont guidé vers des projets qui m’ont marqué. J’ai fait du bénévolat pendant six mois à La Petite Roquette, où j’ai découvert le milieu associatif et son importance. Par la suite, j’ai effectué un service civique avec la compagnie de théâtre À l’Affût, avant de suivre une formation en mode et upcycling à la Casa 93, à Montreuil. Chacune de ces étapes m’a appris quelque chose de nouveau, que ce soit sur moi-même ou sur la manière de m’engager pour les autres.
Depuis cette année, je me consacre entièrement à Slayte Skateboarding, une association que j’ai créée en 2023. Notre objectif est simple : offrir un espace inclusif pour la communauté queer et les passionné·es de skate, où chacun·e peut se sentir à sa place.
Avec Slayte, nous organisons des événements qui combinent skate, art et engagement social. Nous travaillons également sur un projet de récupération et distribution alimentaire pour aider les membres de la communauté queer en difficulté, tout en proposant des initiations au skate. L’idée, c’est de rendre ce sport accessible à toutes et tous, tout en répondant à des besoins concrets.
À long terme, mon rêve serait de développer tout cela dans un lieu dédié à Paris : un skatepark qui serait aussi un espace d’échange artistique et un refuge pour celles et ceux qui en ont besoin. On pourrait y organiser des expositions, des projections, des ateliers de création, tout en permettant à chacun·e de découvrir ou de progresser dans la pratique du skate. Plus qu’un simple lieu, ce serait un espace bienveillant et ouvert à tous, peu importe les parcours de vie.
En parallèle de mon travail avec Slayte, j’ai découvert une autre forme d’expression à travers le mannequinat. Au départ, j’ai commencé en posant pour des amis artistes, souvent par curiosité et par envie de les aider à mettre en lumière leurs projets.
Avec le temps, j’ai su saisir des opportunités et cela m’a permis de défiler pour des grandes marques lors de la Fashion Week. Aujourd’hui, c’est une activité qui me plaît énormément, car elle me permet d’explorer d’autres facettes de moi-même tout en transmettant des messages. Être mannequin en tant que personne queer et non-binaire, c’est aussi une manière de revendiquer ma place dans un milieu parfois fermé et d’encourager d’autres à croire en leurs propres possibilités.


Aujourd’hui, tout mon temps est tourné vers la construction de ces ponts entre le skate, l’art, et l’engagement social. J’espère que Slayte continuera à grandir pour devenir un véritable moteur de changement à Paris.
J’ai écrit un poème sur cette identité :
Apaisé par la mélodie des oiseaux, tu regardes écrit sur ton sac.
Ton nom, ton nom ensoleillé, décoré de cette joie, cette lumière.
Tu aimes observer, pendant des heures, la vie qui grouille sous tes pieds, tu y pense, même quand le ciel et les murs sont gris, tu les vois.
Ce soleil t’accompagne, sur ta veste, sur tes cahiers, tes crayons, dans tes pensées il ne te quitte jamais.
De la lumière tu es né·e.
Maintenant tu le vis, le soleil, et tu le vois, il devient toi, ou l’a-t-il toujours été ? Il fait partie de ton identité.
Identité créative, graphique, personnelle, le soleil le soleil le soleil.
Lumière, regards, enfance≠innocence, couleurs vives et années
2000. Jouets en plastique toxiques, vibrants, convoités, odeurs oubliées mais en une effluve retrouvées.
Cette enfance qui ta marqué vit désormais dans les objets, les peintures, les habits, les textes que tu écrits.
Des jours et des années tourmentées deviennent une source de curiosités avec ce nouveau regard.
Les violences deviennent des montagnes gravies, les dessins animés, bandes dessinées, jouets, deviennent des reliques, des trésors, des Haqiba.
Convoités, autrefois oubliés, de précieux souvenirs. Des mémoires, une autre vie.
Les enfants font la beauté d’aujourd’hui après tout. Façonnent les parois de notre imagination et donnent des racines a nos branches.
J’aime me rapprocher de cette vie antérieure, ce passé, universel, on a tous vécu, c’est une vérité absolue. On est tous·tes né·es.
Qu’importe la violence de ce vécu, la souffrance de cette vie, les douleurs de ces souvenirs, la vie est là, et je peux la regarder. J’en tire de la beauté, des énigmes, une tonne de couleurs, des périodes sombres, des secrets. Je peux grâce a mes nouveaux yeux transformer des horreurs en bonheur, et des questions en réponses.
Ces souvenirs sont comme des perles enfilées sur le fil de ma vie, elles sont toutes différentes, sincères, brutes. Et je les aime, je les aime et elles me réconfortent. J’aime faire des colliers, ils me rappellent toutes ces choses qui m’ont façonné, ce sont des parures presque mystiques qui m’aident à grandir.